Adopter la posture du recruteur coach

Du briefing au débriefing, petit guide à destination des RPO et recruteurs de talents tech pour coacher leurs poulains

Vous êtes recruteur/chasseur de tête/RPO, vous avez trouvé le candidat parfaitement qualifié et motivé pour votre mission, il ne lui reste plus que l’étape cruciale de l’entretien et…problème: il est super stressé? C’est là que vous devez enfiler votre casquette de coach.

Aussi pénurique et sous offreur puisse être marché du recrutement tech, un bon développeur doit savoir convaincre qu’il sera à la hauteur de l’investissement qu’il représente. Certains fleurons d’une startup nation en pleine croissance ne font pas l’économie d’une armée de chasseurs pour trouver LA perle rare au service de leur équipe tech. Leur attractivité n’ayant d’égal que leur niveau d’exigence élevé en matière de recrutement, les places sont chères et la concurrence pour placer le bon candidat est rude. 

En tant que recruteur, vous êtes alors le meilleur allié de votre candidat. Aussi talentueux soit-il techniquement, il doit préparer minutieusement ce challenge à fort enjeu pour la suite de sa carrière. En effet, qui dit fort enjeu, dit souvent stress, et qui dit stress, dit facultés cognitives amoindries, parfois jusqu’à 75% de leurs capacités. En somme, il est possible que seulement ¼ des capacités de votre candidat soient déployables pendant cet entretien, pourtant crucial.

Mais alors que faire ? Quels sont les leviers concrets et les techniques de coaching que nous pouvons utiliser en amont de l’entretien pour maximiser les chances de succès de son poulain du moment ?

1/ Transformer le stress en trac

Votre candidat est certainement parasité par la pression de ce fort enjeu car il a les yeux rivés sur le résultat final : « cet entretien il me le faut, je dois réussir et être embauché ». Il faut donc commencer par l’aider à décoller son regard de la ligne d’arrivée et de le réorienter sur le “comment” : comment va-t-on faire pour y arriver? Comment se préparer ensemble au mieux pour ne pas avoir de regret ? Le switch se fait alors du stress au trac: le stress c’est la peur diffuse de ne simplement pas y arriver, tandis que le trac c’est la peur concrète de se louper sur le “comment” qui conditionne la réussite.  Et c’est là que vous, coach carrière, vous intervenez pour préparer ce “comment” au mieux avec votre candidat! Plus il se sentira équipé et plus il sera en capacité de rationnaliser ses peurs.

2/ Ne pas contribuer à la pression d’enjeu

Cela peut paraitre évident, mais votre rôle est d’impérativement éviter de créer de la pression d’enjeu qui contribuerait à strésser davantage le candidat. En effet, bien que vous ayez juste envie de bien faire, certains leviers intuitifs vont simplement s’avérer contre-productifs.  Evitez les conseils qui se veulent rassurants mais se révèlent préssurisants du type « surtout ne t’inquiète pas, ça va bien se passer », « le test technique il est facile, ce sont des choses que tu maîtrises », « il ne va pas falloir se louper… » . De même, il n’est pas recommandé de donner des conseils certes de qualité mais trop peu concrets du type « tâche surtout de marquer positivement les esprits » ou « tout se jouera sur les premières minutes, on n’a pas deux fois de faire une bonne impression ». Toutes ces petites phrases en apparences anodines ne feront que renforcer le stress initial. 

3/ La magie de la chasse au doute

A contrario, l’un des réflexes de la posture de coach, qui s’applique à de nombreuses occasions dans le management de la relation humaine, se résume par cet adage : « Quand on m’impose, je m’oppose; quand on m’implique, je m’applique ».  On touche ici à l’art d’impliquer le candidat dans la co-construction de ce fameux “comment” arriver au succès. En lieu et place de conseils généralistes,  préssurisants et contre-productifs, tachez de le guider dans la quête d’élèments qui lui sont propres et permettront de le préparer, et donc de le rassurer, au mieux: « Ça va se jouer où cet entretien ? Comment tu te prépares au test ? Comment tu aimerais que ça se passe dans un monde idéal ? Qu’est ce qui dépend de toi pour que ça se passe comme ça ? Qu’est-ce qu’il est important de réussir et comment on fait ? Qu’est-ce qui dépend de toi pour que ça marche ? etc. » La chasse au doute est l’élément réellement déterminant quand vous préparez quelqu’un pour une action, quelle qu’elle soit. L’idée est de le faire répondre concrètement à la question « Qu’est ce qui t’inquiète ou te fais douter ? ». En fonction des réponses, se dessinent alors les pistes du “comment” qu’il vous conviendra d’approfondir ensemble. Les points névralgiques soulevés par le candidat méritent manifestement à ses yeux davantage de précision et clarification.

Si plus de personnes prenaient la peine de poser cette simple question à la fin d’un briefing en écoutant sincèrement et avec empathie les réponses apportées, il y aurait sans doute un peu moins d’allers-retours, et plus d’autonomie et de responsabilisation pour ceux qui passent concrètement à l’action.

4/ Et pour finir, la prise de rdv pour le débriefing de l’entretien

C’est universel : un individu s’implique toujours plus quand il sait que son action sera regardée ou qu’il faudra la raconter. Tentez l’expérience, chez vous, à la maison ! Dites à vos enfants « va ranger ta chambre, s’il te plait» ou « Va ranger ta chambre s’il te plait, et après je viendrai voir comment elle est rangée »: dans 100% des cas, la chambre ne sera pas rangée de la même manière. Il convient donc dès le breifing de programmer un call avec le candidat, idéalement dès la sortie de l’entretien, à chaud, pour recueillir ses premières impressions, l’aider à capitaliser sur ce qu’il a bien fait pendant cet entretien et qu’il faudrait qu’il reproduise durant la suite du processus de recrutement. Lors du débriefing, il sera alors de bon ton de permettre au candidat de déceler par lui-même ses propres axes d’amélioration et de définir les actions correctives à mener avant le prochain contact avec l’entreprise de ses rêves.

En résumé, la posture d’écoute active que vous adoptez avec votre candidat revêt une importance cruciale, tout autant si ce n’est même plus que le fond de vos propos. Adopter vis à vis de lui une posture de coach vous permettra de le guider dans la définition du “comment” qui lui est propres et qui conditionnera sa réussite, le tout en évitant de trop mettre la pression sur le résultat final. 

Et vous ? Quelles sont vos techniques imparables pour mettre un candidat dans les meilleures conditions possibles avant un entretien final ?

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